Un petit besoin d'écrire à nouveau sur mes états d'âme.
Cela fait un peu plus de 2 mois maintenant que j'ai posé mes valises et mes loupiots à Calais.
2 mois à rester à l'affut de la moindre info sur le Japon, de plus en plus difficile à trouver puisque l'actualité est désormais largement passée à autre chose.
Alors, oui, les gens sont passés à autre chose, mais moi, pas tant que ça! je reste marquée par la tragédie qui a commencé au Japon le 11 Mars, et dont les conséquences mettront des années à s'effacer.
J'oscille toujours entre les up et les down, même si les up sont de plus en plus fréquents. La fin du baby blues? on peut dire ça, pour faire simple. Pour ne pas s'appesantir. Mais les amis savent que ça n'a rien à voir avec le baby blues.
J'ai eu envie de revenir un peu sur mon ressenti et mon état d'esprit car même si je suis occupée par mes 2 petits que j'adore et qui remplissent bien mes journées (et mes nuits), je continue de réfléchir et de penser. A ce qui s'est passé, à notre chance, et aussi à l'apres. J'essaie de me projeter et de plus en plus je parviens à aller de l'avant, ce dont je suis assez fière finalement.
On a dit beaucoup de choses sur ce que nous avons vécu. Evidemment, chacun y est allé de son commentaire. Moi l'éponge, j'ai tout intégré, tout retenu, mais j'arrive un peu mieux maintenant à dresser un petit "bilan", à faire le tri et à ne retenir que ce qu'il faut. Faire fi des remarques alarmistes ou des commentaires débiles dont on se serait bien passé et positiver.
Nous avons eu beaucoup de chances lors des jours qui ont suivi le séisme du 11 Mars. Je tenais à les lister, afin de pouvoir me relire les jours de blues...
- Tout d'abord, le fait qu'Eliot ait été avec moi ce vendredi 11 Mars a été vraiment une chance. Sa crèche etait exceptionnellement fermée, cela n'arrive qu'une fois par an en dehors des jours fériés japonais. Je n'ose pas imaginer quelle aurait été ma démarche s'il avait fallu, dans mon état, que j'aille le récupérer au point d'évacuation du Park Arisugawa. Est-ce que j'aurais eu le courage de prendre la voiture? la force d'y aller à pied? Est-ce que j'aurais eu assez de lucidité pour faire ce choix? la voiture, plus rapide, mais si la terre tremble, je ne sais pas ce que ca donne de conduire. A pied, plus long et plus fatiguant vu mon état, mais peut-être plus raisonnable... quoique. En cas de séisme, il est toujours recommandé de ne pas sortir dans la rue, pour éviter les chutes de choses (tuiles, briques, poteaux électriques...). Je suis soulagée de ne pas avoir eu à prendre de décision et de ne pas avoir eu cette réflexion. Car je ne sais pas quel aurait été mon choix, et je reste persuadée que je n'aurais pas eu le sang froid que j'ai eu.
- Apres la première secousse, nous avons réussi à nous joindre par téléphone avec Mathieu. Précieux. Il savait donc que j'étais à la maison avec le petit, ce qui lui a permis de ne pas être trop inquiet pour nous.
Le gros bémol a été l'absence de téléphone pendant ces longues heures qui ont suivi la deuxième secousse... Pas de portable, et un fixe très très capricieux... on se sent vite seul sans téléphone...
- Mais, un autre point qui à mon sens a été plus que précieux, est que jamais nous n'avons été coupés d'Internet. Alors entre Skype, les mails, les tchats et Facebook qui d'un coup est devenu mon meilleur allié, ces heures d'attente avant le retour de Mathieu m'ont parues moins pénibles, car je n'ai jamais cessé de communiquer avec les copines de Tokyo, elles aussi en attente du retour de leur mari. On s'est serré les coudes, rassuré, lorsque l'une de nous retrouvait son mari, c'était le soulagement, et on le partageait avec les autres, en pensant à la suivante qui nous dirait "ça y est, je suis en famille!". Il y a eu une très grande solidarité, que ce soit entre nous sur Tokyo, mais aussi avec des amis d'ailleurs dans le monde...
Solidarité et besoin de confier notre vécu du séisme, de poser des mots, déjà, sur ce qui devait nous marquer pour un moment.
De ce jour, plusieurs récits m'ont touchée. Je ne citerai pas de prénom, je ne veux pas tomber dans le pathos ou le larmoyant, mais pour me souvenir... parce que jusqu'ici, j'ai surtout parlé de nous et cité que quelques témoignages de gens qui me sont inconnus...
Alors, je pense à celle qui a descendu 19 étages à pieds avec son fils dans les bras, pour ensuite chercher un taxi en vain, se rabattre sur le vélo pour pédaler au plus vite et récupérer son autre petite à la crèche... Elle me disait ne jamais avoir pédalé aussi vite et le lendemain avoir ressenti une fatigue physique énorme...
Je pense à cette autre, le soir du 11 Mars, qui se plaignait que la terre ne cessait de trembler. J'ai d'abord cru quelle exagérait, mais en fait non. Ce sont nos corps qui tremblaient. La terre aussi certes, mais physiquement, nos corps ont continué à réagir, et ce pendant quelques jours après le séisme... Une sensation nouvelle, et pas des plus agréables...
Cette autre encore, qui a fait le choix de ne pas revenir au Japon... elle, elle était dans la rue, avec uniquement l'un de ses fils avec elle, en poussette... Elle s'est accroupie par terre et est restee cramponnée à la poussette, au son des tours qui faisaient tellement de bruit en oscillant...
Une autre encore, dont j'admire la force car elle n'a pas pu se blottir le soir même dans des bras réconfortants... son mari était en déplacement en France...
Je crois que depuis cette épreuve, la séparation des membres de notre petite tribu est vraiment le plus difficile...
Les filles, si vous me lisez, ne m'en voulez pas, je voulais juste ne pas oublier. Me souvenir aussi de ce que vous m'avez raconté. J'ai besoin de cette solidarité, de cette espèce de lien entre nous. Car si nous avons vécu chacune notre journée du 11 Mars de manière individuelle, je crois que ce qui nous unit est que nous nous sommes projetées dans chacun des récits que nous avons entendus, et nous nous sommes identifiées les unes aux autres. On a vécu un truc, et ce truc, nous l'avons en commun. Et pour longtemps.
(petite précision utile, ce post a été rédigé lundi dernier... depuis, d'autres éléments sont venus s'ajouter à mes reflexions... je laisse passer le we et j'essaie de trouver l'énergie qu'il faut pour compléter)
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